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« Gare au travail, malaise à la SNCF »
Les deux suicides intervenus coup sur coup en 2007 dans la région du Nord incitent les syndicats des cheminots à se saisir de la question de la souffrance au travail.
Malgré de nombreuses interventions au sein des comités d'hygiène santé et Condition de travail, les syndicats ne parvenaient pas à faire prendre en compte par la direction « les liens qui, estiment-ils, existent entre la souffrance au travail, les suicides et les restructurations menées tambour battant. »
La direction de la SNCF écarte ce point de vue. Elle se défausse sur les supposés problèmes personnels rencontrés par les salariés. C'est une ligne qu'elle maintient de réunion en réunion. C'est encore, avec quelques aménagements son point de vue aujourd'hui. A chaque suicide, l'analyse est la même de sa part. Ce n'est pas le travail qui tue. Les salariés qui passent à l'acte sont les personnes fragiles. Les deux suicides et le choc qui en résulte en 2007 incitent les syndicats à hausser le ton. Une enquête de terrain, des dizaines de témoignagesLe comité d'entreprise est saisi du problème. Les élus votent à l'unanimité une résolution pour la réalisation d'une étude. Le directeur régional de la SNCF, président du comité d'établissement régional refuse de prendre part au vote. Qu'à cela ne tienne, les élus engagent le cabinet d'experts indépendants Emergence pour une étude sur l'effet des restructurations sur les conditions de travail pour les cheminots.
Les chercheurs partent à la rencontre de dizaines de cheminots dans les centres et chantiers SNCF de la région. Ils recueillent de nombreux témoignages. Le verdict est sans appel. L'enquête démontre « qu'il existe bien un lien entre les restructurations et la manière dont elles sont menées et la dégradation des conditions de travail entraînant une souffrance qui parfois peut conduire au suicide », considèrent les syndicats. Les résultats de l'enquête sont présentés au comité d'entreprise. La direction, selon les représentants des cheminots, entre, alors, dans une attitude de déni des problèmes. France Télécom, SNCF : même souffranceFortement mobilisés, les syndicats accentuent leur offensive. D'une part, la commission santé du comité d'entreprise organise un colloque aux archives du monde du travail à Roubaix. Experts, scientifiques, médecins, inspecteurs du travail et cheminots, du Nord mais aussi d'autres régions, échangent leurs points de vue. Enjeu des débats : quelle forme prend la souffrance au travail, comment se manifeste-t-elle, et comment y réagir, individuellement, mais surtout collectivement ? Se tournant vers les salariés de l'entreprise, les élus font de la souffrance au travail le thème d'un « Droit de Regard », le journal du comité d'établissement régional. Parallèlement, ils confient à Dominique Decèze, la rédaction d'un ouvrage sur la question. L'auteur s'est fait connaître par un livre : « La machine à broyer » dans lequel est mise en cause la gestion de la direction de France Télécom qui a abouti aux drames humains que l'on connaît. Dominique Decèze mène l'enquête, réuni des dizaines de témoignages et publie « Gare au travail : malaise à la SNCF ». Tiré à 10000 exemplaires, le livre est largement distribué (3000) parmi les cheminots de la région Nord – Pas-de-Calais. Jean-Paul BIOLLUZ (à suivre….)
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