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En 2007, deux suicides et le seuil de l'intolérable est franchi

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Ce 28 avril, les cheminots du Nord – Pas-de-Calais frappent fort. Ce jour-là, c'est la journée internationale d'action sur la souffrance au travail. Les mandatés de la CGT de 38 des 41 CHSCT de l'ensemble des établissements que compte la région déposent un droit d'alerte auprès de l'inspection du travail. La direction est mise au pied du mur. Les droits d'alerte portent sur ses responsabilités concernant « la mise en danger d'autrui » à travers son immobilisme touchant la question de la souffrance au travail dans l'entreprise.

Cette action spectaculaire est l'aboutissement d'une longue guérilla entre les syndicats de cheminots, la commission santé du comité d'entreprise et la direction régionale de la SNCF.

Une guérilla débutée en 2007 au cours de laquelle les syndicats montrent leur détermination à apporter une réponse collective à un phénomène trop souvent vécu individuellement.

Le choc en gare de Lille

En pleine journée, il se jette par une fenêtre en gare de Lille. Il ne supportait plus les tensions, le stress, les contraintes que, de mois en mois, son travail lui imposait. Dès la nouvelle connue, l'émotion est vive parmi les cheminots de la région Nord-Pas-de-Calais. Ici, sur les voies, dans les gares, dans la grande famille des cheminots, on se connaît tous un peu. Alors, un suicide !

Le même jour, ce sont les rails qu'un autre cheminot choisit pour mettre fin à ses jours. Après un litige avec sa hiérarchie, il quitte son lieu de travail, rentre chez lui…puis, il revient accomplir le geste fatal. Il se jette sous un train.

Pour les cheminots, ces deux suicides, ce sont les suicides de trop. Comme dans de nombreuses entreprises, le phénomène a pris de l'ampleur au cours des dernières années. Après la stupéfaction, après des années d'hésitation, les syndicats s'engagent dans le combat.

« A cette époque, explique Dominique Sens, ancien membre de la commission santé du comité d'entreprise, on a bien senti qu'un changement se produisait dans le comportement des salariés. Ils étaient de plus en plus nombreux à se plaindre de ce qu'ils subissaient. »

La montée des plaintes

« Stress, perte du sens du travail, dépression, affaissement de l'esprit de service public, … » dès cette période, la panoplie des conditions de travail dégradées conduisant à la souffrance au travail est à l'œuvre dans l'entreprise. Ces conditions n'ont fait qu'empirer depuis.

Pour les syndicalistes, dès cette époque, le lien entre souffrance au travail et restructurations s'impose. C'est que celles-ci se multiplient, des dizaines interviennent. Tous les services sont touchés. Et partout la même démarche : on déplace, on impose. Progressivement la dégradation des conditions de travail taraude l'entreprise et les salariés. Sous les effets de la mise en concurrence, les nouvelles normes de commercialisation, de management et de travail cassent la philosophie SNCF, affaiblissent la notion de service public, l'âme de cette grande entreprise nationale et des cheminots.

Dès 2007, les syndicats sentent très bien que c'est tout cela qui est en jeu à travers la montée de la souffrance au travail qui se traduit par la multiplication des dépressions et des suicides. Comment s'opposer à cette politique destructrice aussi bien des hommes que des collectifs de travail ?

Jean-Paul BIOLLUZ

( à suivre)

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