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Droits d'alerte en rafale : la direction mise devant ses responsabilités
Le déclenchement, le 28 avril, de 38 droits d'alerte marque un changement de la stratégie syndicale. Il fallait, explique Alain Leclercq, président de la commission santé du comité d'établissement, « que l'on rende la direction de l'entreprise responsable de la situation faite aux salariés ». Que la crainte change de camp ! Ce déclenchement des droits d'alerte, c'est la réponse à l'inertie des responsables de la SNCF. Suite aux deux enquêtes réalisées, l'une à la demande du comité d'établissement, l'autre à sa demande, bien forcée de reconnaître la réalité des risques et dégradations des conditions de travail, la direction, avec l'ergonomie en bouclier, botte en touche. « Les problèmes de fond liés aux restructurations ne sont pas pris en considération », estiment, alors, les syndicalistes. « Depuis des mois, la direction, jugent-ils, se couvrait en abordant la question de la souffrance au travail, mais parallèlement, elle menait les syndicats en bateau en détournant systématiquement les questions posées vers des solutions de type ergonomique ». Le rapport annuel des médecins du travail signalant de nombreux témoignages sur l'incompréhension de la stratégie de l'entreprise et sur la montée de la souffrance au travail est ignoré. Les syndicats prennent, alors, la décision de renverser la situation. Le gel des restructurationsPuisque les groupes de travail du Comité de pilotage des risques psycho-sociaux (COPIL) ne peuvent aborder les problèmes de fond, les syndicalistes les quittent. Avec les droits d'alerte, les syndicats se tournent vers la direction départementale du travail et mettent en accusation la direction de la SNCF. Pour eux, l'attitude de cette dernière correspond à « une mise en danger d'autrui ». Or, la loi et le code du travail sont clairs : « l'employeur doit veiller à la santé physique et mental des salariés, et il doit supprimer les risques qui sont à la source de ces dangers. » Aussi, expliquent les syndicats, « en refusant de négocier sur la question des restructurations, la direction de la SNCF refuse de s'attaquer à la source des problèmes. Elle n'assume pas ses responsabilités d'employeurs, et de ce fait peut être mise en cause. »
Dans leur droit d'alerte, les syndicats demandent « le gel des restructurations. Non pas l'arrêt, précisent-ils, mais le gel ». Les syndicalistes souhaitent « que de véritables négociations soient ouvertes pour faire le point sur les nombreuses restructurations, plusieurs centaines, engagées depuis 2000 et de leurs effets sur les conditions de travail. » Ils demandent, également, « l'arrêt des challenges qui ont pour unique motivation des gains en productivité. C'est, par exemple, les vendeurs qui, désormais, sont classés en fonction des produits vendus. Plus ils vendent de produits bénéficiaires mieux ils sont classés, ce qui, pour les syndicalistes, n'a plus rien à voir avec le service public. » La prévention, c'est supprimer les risques et non pas réparer les salariés Un autre volet de la stratégie de détournement de la direction SNCF, c'est, de contester systématiquement la notion de restructuration avancée à travers les expertises réalisées à la demande des CHSCT. Pour conduire sa politique de détournement, la direction régionale de la SNCF s'appuie sur un document national ; le programme annuel de prévention des risques et amélioration de travail (2010). Dans ce document, il est, entre autre, souligné que les cadres doivent être formés pour déceler les personnes touchées par des risques psycho-sociaux, qui devront être envoyées consulter des psychologues. Les syndicats contestent cette politique « qui veut faire de la prévention un outil curatif. Pour eux, la prévention, c'est supprimer les risques, et non pas réparer les salariés. La vraie prévention, c'est regarder de face les restructurations et leurs effets. » A travers le dépôt de droits d'alerte, les syndicats utilisent une nouvelle arme. En effet, le dépôt d'un droit d'alerte engendre automatiquement une enquête, des réunions entre les CHSCT et l'employeur. C'est aussi, pour les syndicats le moyen de forcer la direction du travail à prendre, elle aussi, ses responsabilités. Ne plus souffrir seuls et en silenceEn déclenchant ces droits d'alerte, les syndicats ont ouvert une nouvelle phase dans la longue guérilla engagée depuis 2007 et les deux suicides qui ont si fortement marqués la communauté des cheminots du Nord. Un cheminement long et difficile. « Tous ce qui a été fait jusqu'à présent sur le dossier des restructurations, reconnaissent les syndicalistes, n'a rien changé. Par contre, les dirigeants, se sont bien aperçus qu'à travers les droits d'alerte, c'est leur responsabilité qui est mise en cause ». En quelque sorte, comme une menace ! A la SNCF désormais le stress, la souffrance au travail, les risques psycho-sociaux ont envahi les réunions du comité d'établissement régional. La question est devenue centrale. A côté, des cheminots du Nord, ceux de la région PACA et de la région de Chambéry sont aux avants postes de la lutte. Aujourd'hui, toutes les régions sont concernées avec la mise en place, il y a un an d'un observatoire de la souffrance au travail par le CHSCT national. Désormais, les cheminots ne souffriront plus seuls et en silence. Jean-Paul BIOLLUZ
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