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Bernard Salengro : « Le travail ne doit pas se faire à ce prix là »

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Désormais par la souffrance au travail, « tous sont touchés », les cadres comme les autres salariés. Les responsables de la CFE – CGC qui ont, expliquent-ils, « assisté à l'explosion du phénomène ces dix dernières années », furent à l'origine de la création d'un baromètre du stress. Un outil indispensable estiment-ils pour rendre visible cette réalité. Par ailleurs, le syndicat de l'encadrement mène une importante stratégie de sensibilisation sur la question.

Dans ce cadre, il organisait, à Lille, le 28 septembre, un colloque sur le sujet. L'occasion pour experts, universitaires, médecins du travail et syndicalistes d'échanger leur perception et leurs expériences.

« La souffrance au travail, c'est une situation qu'aujourd'hui, tous nos collègues rencontrent. C'est un sujet qui explose, » affirma en ouverture du colloque, Bernard Salengro, secrétaire national de la CFE – CGC et par ailleurs médecin du travail.

Un observatoire du stress

« Lorsque l'on a commencé à en parler il y a 10 ans, nous étions les seuls, note Bernard Salengro dans son discours. Les gens s'interrogeaient devant les suicides chez Renault, à France Télécom : chez nous est-ce que cela peut-être comme ça ? Est-ce que la situation est comparable ? Et bien oui, précise le secrétaire national de la CFE – CGC. Les délégués nous disaient, dans nos boîtes il y a autant de suicides, mais ce sont de petites unités, et donc les évènements restent largement étouffés. Mais, il y a plein de branches d'activité où cela nous éclate à la figure. Le phénomène s'est révélé d'une ampleur considérable. »

Le jugement de Bernard Salengro est sans appel : « Le travail ne doit pas ce faire à ce prix là. »

Prenant en considération le problème, la CFE – CGC avec la Sofres et Opinionway, a mis au point le baromètre du stress visible. Avec ce baromètre, pour les responsables syndicaux, il s'agit « de rendre visible le phénomène et en le rendant visible de lui donner une dimension collective. Si on ne le mesure pas, notent-ils, cela demeure de l'ordre du ressenti. »

« Car, la réaction habituelle devant un suicide, devant une souffrance au travail c'est de retenir, que la personne a mal géré sa vie, que par exemple, elle a divorcé, ce qui explique ses actes. Sauf, que lorsque collectivement, tous ceux qui sont exposés au travail ont des problèmes, c'est bien la traduction d'un problème collectif, » affirme Bernard Salengro

La dissolution des métiers entraîne la confusion

Il y a 30 ans, on évoquait le mal de dos, les problèmes cardiaques lorsque l'on parlait des conditions de travail,…Et là, c'est Bernard Salengro, qui parle en tant que médecin du travail. On a vu émerger, petit à petit, un phénomène épidémique, énorme, qui correspond à une évolution de la société.

Avec l'arrivée, puis la domination de l'ordinateur, on est dans une phase qui ressemble à l'industrialisation. Il y a 30 ans, la production était au centre de l'activité. Les priorités ont changé. Le rôle de l'ingénieur s'est dissout dans des procédures, dans des démarches, dans les objectifs fixés en fonction de rationalités obéissant à des impératifs financiers.

« Dans cette évolution, note le secrétaire national de la CFE – CGC, si les managers peuvent être d'excellents techniciens, ou d'excellents financiers, il est faut de déduire de cette compétence le fait qu'ils sont bons dans tous les domaines. La gestion humaine, la sociologie, c'est autre chose. Or, cette confusion peut conduire à des situations catastrophiques. »

Reconnaître le stress comme maladie professionnelle

La CGC, ont expliqué ses responsables lors du colloque « donne des outils pour approcher les problèmes de manières concrètes. L'une des premières priorités, estiment-ils, est de faire reconnaître le stress comme une maladie professionnelle. » Pour cela la CGC a mis en place des groupes de travail. « La résistance des entreprises à ces reconnaissances viennent du fait, considèrent les syndicalistes, qu'elles doivent payer. Tant que c'est la sécurité sociale, tant que c'est la solidarité qui paie, tout va bien. Lorsqu'il s'agit pour les entreprises de débourser, c'est une autre affaire, » dénoncent les syndicalistes. Des formations sont organisées pour les militants afin que les délégués disposent des outils forgés par le syndicat..

Bernard Van Crayenest, président national de la CFE – CGC, « remettre un peu de bon sens »

Bernard Van Craeynest, le président national de la CFE – CGC, présent à cette manifestation, estima « que la souffrance au travail était en plein cœur de l'actualité à travers le dossier sur les retraites. On nous explique depuis des années la qualité de la valeur travail, de l'épanouissement auquel elle doit contribuer. Or, depuis des années, on constate, nota Bernard Craeynest, une nette dégradation des conditions de travail. La CGC demande au patronat une négociation sur les conditions de travail pour remettre un peu d'ordre et de bon sens par rapport à toutes les dérives à auxquelles on assiste sous la pression de la productivité et de la compétitivité. Car, ajoute le président de la CFE - CGC, si on note souvent que la France détient l'un des plus haut taux de productivité, on oublie aussi facilement que ces records sont portés par des hommes. Une intensification du travail qui a pour conséquence de faire évoluer les rapports au travail. Il s'agit de remettre de l'humanité dans tout cela. »

Le colloque n'est qu'une étape dans l'action de sensibilisation que la CFE – CGC est bien décidée à poursuivre dans les mois et années à venir.

Jean-Paul BIOLLUZ

Quelques chiffres :

  • 41% des personnes sondées se disent stressées, 60% attribuent ce stress au travail.
  • En France, 1 à 1,4 % des salariés sont touchés par le stress pour un coût estimé entre 830 à 1656 millions d'euros

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