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« Docteur, nous sommes allés aux urgences..  »
« Docteur, nous sommes allés aux urgences.. » Que faut il faire désormais pour dissuader les gens d'aller aux urgences pour n'importe quoi, n'importe quand, n'importe comment, pour le plus souvent aucune espèce de résultat médical tangible, sans qu'aucun examen ne soit donné dans les mains des familles, voire avec la délivrance d'ordonnances surréalistes ?
Car le phénomène gagne, et au-delà des « facilités sociales usuelles » propres à la société française, toutes les couches de la société s'y précipitent allègrement pour RIEN le plus souvent, et pour un résultat NUL de manière quasi constante.
Il semble que le malade, l'enfant ne peut pas avoir un symptôme quelconque seul, et pour la famille il n'est pas question de prendre en charge et de gérer cela en propre trés normalement...
Les familles, bien souvent impatientes, sont prêtes à attendre ensuite entre 3 et 6 h une consultation complètement aléatoire, pour ce qui est de la moyenne, assis sur une chaise inconfortable dans le meilleur des cas, pour le résultat nul que l'on sait.
Parmi la liste des dossiers "prioritaires" pour le futur gouvernement, les Services d'Admission des Urgences ( SAU ) en sont un à tous points de vue. Car cela déborde dans des proportions qui deviennent insupportables : chaque semaine voit x familles se précipiter ainsi dans les services locaux. D'aprés la cour des comptes ( toujours un peu décalée et en retard sur les réalités terrestres ) un passage au Service d'Accueil des Urgences coà »te 203 euros à la collectivité avec les examens paramédicaux contre 48 chez le médecin libéral. Tout cela est largement sous évalué. Ce qui pour 14 millions de passages au services d'accueil des Urgences par an, ramènerait l'ardoise pour la société à 2,842 milliards d'euros.
Il s'agit là d'estimations puisque bien sur nous ne pouvons jamais obtenir les "vrais" chiffres, pourtant théoriquement libres d'accès et publics.
Il reste donc 700 x 5000 "venues" = 3,5 millions de "venues" sur 10 millions.
Ce qui nous fait un total de 1,082 milliards d'euros qui tombe dans l'escarcelle des hôpitaux dés le 1er janvier sur la base des statistiques de l'année précédente, sans compter les examens para médicaux, qui sont un bénéfice en plus pour les hôpitaux ( actes de petite chirurgie, radiologie et biologie ) qui doivent au moins doubler cette ardoise. Faisons mémoire que toutes ces sommes, de responsabilité hospitalière totale, se retrouvent de façon fort commode dans l'enveloppe budgétaire des soins de ville, dont les responsables sont les médecins libéraux : pourquoi dés lors se gêner ?
L'éducation des foules dans ce domaine précis, où tout le monde en rajoute dans la connotation morale, pour des motifs très variés ( les malades pour excuser tous leurs débordements, et les responsables hospitaliers pour en demander toujours davantage et expliquer les dérives « qu'ils ne peuvent refuser  » au titre du devoir moral ), est impossible.
Mais il y a des difficultés structurelles bien franco-françaises qu'il convient de ne pas éluder.
Qui arrange tout le monde.
Scène de la vie ordinaire d'un service d'urgence sur une anecdote récente. Une malade habite pas trés loin de chez moi et porte une stomie de dérivation depuis 2 mois.
Je téléphone à l'ambulancier local qui me renvoie sur le centre 15 puisque je l'avais oublié il y a le système de gardes ambulancières la nuit...
Pourquoi ambulance ?
Le centre 15.... Je tombe sur une permanenciere, je me présente, présente le cas, là elle me dit : "l'âge de la malade ?"
J'amène ma malade aux urgences de Dieppe en 10 minutes. Là on se trouve face au schéma classique.... 3 vieillards avec des perfusions sur des brancards dans le couloir du fond, une jeune femme en sortie de cuite sur un autre, 3 nourrissons visiblement avec des fièvres de cheval et qui hurlent, et nous. Personne ne s'occupe de personne. On passe pourtant beaucoup pour ce qui est des filles de salles, des quelques bonhommes immaculés dans la tenue de travail qui fait fureur dans les smurs, avec ceinturons mettant en valeur la taille plus ou moins fine, etc, passent et repassent...
Une infirmière toujours avec des dossiers à la main travaille au bureau, à faire de l'air avec ses papiers.. Toujours personne qui ne s'occupe de personne depuis 1h30, personne ne se penche sur une perfusion des vieillards qui est largement finie, sur les enfants qui n'en peuvent plus, et les familles sont comme des veaux.
La famille de la malade arrive, et prend mon relais ( je n'allais pas laisser seule cette pauvre femme dans cette antre de dingues ! ).
Pure malfaisance de ma part je lui dis :
Pas mal, non ? Et ce n'était pas la foule des grands jours, juste un soir trés ordinaire pour un samedi. En amenant ma malade je suis passé devant la MMG de dieppe, l'ancienne morgue petit bâtiment trés minable dans l'enceinte de l'hopital, il y avait une petite lumière à l'intérieur, un vrai fanal, triste à mourir, qui résume bien tout cela...
( Est ce que cela a une quelconque importance de bloquer sur une chaise, durant 6 h une personne âgée, malade, inquiète et fatiguée, pour une simple prise de sang, sans controles aucuns des autres paramètres ? ) Quand j'ai amené ma malade l'autre nuit, si j'était devenu soudain chef du SAU par miracle, en moins d'une heure j'aurais vidé le service et fait le travail en question.
Il faut pour éteindre ces délires vers les Services d'accueil des Urgences des choses simples et non spéculatives. C'est l'offre qui crée la demande comme toujours. Et la gratuité ou assimilée qui l'entretient. Peut on croire une seule minute que la baisse générale des actes des médecins généralistes de ces dernières années soit due à autre chose que la perte de quelques euros de remboursements de ci, de là sur les actes, avec à la clef une ambiance de coercition vaguement menaçante ? Croyez vous que tous les gens qui pour un oui ou un non arrivent au Service d'Accueil des Urgences avec leurs enfants, pour lesquels ils ne veulent plus gérer seuls ( c'est cela non ? ! ), une fièvre, un hoquet, un vomissement ou toute autre histoire tout à fait insigne, se déplaceront encore dés lors qu'il y aura un obstacle même minime, sur les frais à avancer, et un non remboursement simplement de menace ( en cas d'inadaptation de la demande ? ). Reste à trouver et à proposer une solution, et ce doit etre aux médecins généralistes de la proposer, car cela les concernent au premier chef, médicalement parlant face à la redondance libérale quasi obligatoire des examens faits et perdus dans les Services d'accueil des Urgences, car chaque médecin généraliste, que ces messieurs le veuille ou non est le vrai gestionnaire à son niveau de l'assurance maladie, et que nous devons à ce titre avoir notre mot à dire.. Toutes les fadaises complètement bidons sur le réseau ville hôpital de ces dernières années passent par la mise à plat de ce dossier. Sinon à quoi bon ? Il faut une somme forfaitaire à régler sous toute forme que ce soit, et éventuellement non remboursable.
La volonté Politique doit donc etre bien présente.
Docteur Jean-Marie Gendarme
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